Pucerons au jardin : les reconnaître, prévenir l’infestation et agir naturellement

15 janvier 2026

Pucerons au jardin : les reconnaître, prévenir l’infestation et agir naturellement

Coccinelle Adalia bipunctata sur une tige infestée de pucerons
Jardin, Pucerons

Une feuille qui s’enroule, des bourgeons qui “collent”, des fourmis qui montent en file indienne sur une tige… Les pucerons sont souvent là bien avant qu’on les voie clairement. Et comme ils se multiplient très vite, on peut passer en quelques jours d’un simple foyer à une infestation qui affaiblit rosiers, légumes, arbustes et jeunes fruitiers.

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut presque toujours reprendre le contrôle sans insecticides chimiques, à condition de : repérer tôt, casser le “couple” fourmis–pucerons, et favoriser les bons auxiliaires au bon moment.

Comment reconnaître les pucerons (même quand on ne les voit pas tout de suite)

Les pucerons ne mesurent en général que quelques millimètres. Ils se regroupent en colonies, souvent :

  • sur les jeunes pousses (tiges tendres, pointes de croissance)
  • sur les bourgeons (floraux ou foliaires)
  • sous les feuilles, à l’abri (mais pas à l’abri des coccinelles)

Les signes qui ne trompent pas

Même si vous ne distinguez pas encore les insectes, trois indices reviennent très souvent :

  • Les feuilles sont collantes

Les pucerons prélèvent beaucoup de sève et rejettent l’excédent sous forme de miellat, une substance sucrée et collante .

  • Des taches noires apparaissent sur les feuilles

Le miellat favorise un champignon noir, la fumagine, qui gêne la photosynthèse .

  • Les fourmis vont et viennent sur la plante

Quand des fourmis montent et descendent le long d’une tige, il y a souvent une raison : elles viennent “récolter” le miellat dont elles se nourrissent.

Les plantes les plus sujettes aux invasions de pucerons

Sans surprise, certaines plantes attirent plus vite les pucerons : rosiers, fèves, haricots, choux, concombres, mais aussi plusieurs arbustes et fruitiers (ex. pommier).

Pourquoi les pucerons affaiblissent autant vos plantes

Les pucerons piquent les tissus et pompent la sève. Sur une plante jeune ou en pleine croissance, cela peut entraîner :

  • Des feuilles déformées, enroulées ou crispées
  • Une croissance ralentie et des tiges fragilisées
  • Des bourgeons qui avortent et donc une floraison perturbée
  • Des fruits plus petits, parfois déformés

Autre point important : certaines espèces de pucerons peuvent transmettre des virus d’une plante à l’autre . En contexte potager ou pépinière, c’est une des raisons pour lesquelles on privilégie une intervention précoce.

Fourmis et pucerons : pourquoi il faut casser cette association

Les fourmis ne sont pas “la cause” des pucerons, mais elles peuvent transformer un foyer limité en problème persistant. Elles protègent souvent les colonies contre les prédateurs naturels pour préserver leur source de miellat.

En clair : tant que les fourmis ont accès à la plante, la régulation naturelle est beaucoup moins efficace.

Comment empêcher les fourmis de défendre les pucerons

  • Sur les arbres et arbustes à tronc : placer des bandes engluées au printemps, autour du tronc, assez haut pour éviter salissures et ponts (herbes, tuteurs).
  • Sur les rosiers, les petits fruitiers, les arbustes multi-tiges: la bande engluée est souvent moins pratique. Dans ce cas, l’objectif est surtout de réduire l’accès (surveillance + actions ciblées) et de privilégier une stratégie “prévention + auxiliaires” dès l’apparition des premiers foyers.
  • En potager, sur des massifs denses ou en serre: surveiller les pistes de fourmis, limiter les abris (planches, zones très sèches), et agir au plus tôt sur les premiers foyers de pucerons : plus on attend, plus l’effet “garde-manger” s’installe.

Prévenir les infestations : 6 réflexes simples qui font une vraie différence

La prévention ne demande pas un jardin “parfait”. Elle consiste surtout à rendre vos plantes moins attractives, et votre jardin plus accueillant pour les auxiliaires.

1) Éviter les excès d’azote

Un apport trop riche en azote rend la sève plus “nutritive” et peut attirer davantage les pucerons. Préférez :

  • Un compost mûr
  • Des engrais équilibrés, à libération progressive
  • Des apports modérés, adaptés à la plante

2) Surveiller tôt (et court)

En période à risque (printemps, début d’été), un contrôle visuel rapide 1 à 2 fois par semaine suffit souvent. L’objectif n’est pas de tout inspecter, mais de jeter un œil à quelques endroits clés :

  • Les extrémités des tiges
  • Le dessous des jeunes feuilles
  • Les boutons floraux

3) Favoriser la biodiversité utile

Syrphes, chrysopes, coccinelles, oiseaux insectivores… un jardin diversifié se défend mieux. Quelques idées :

  • Semez des fleurs mellifères, étalées sur la saison
  • Laissez des coins “un peu sauvages”
  • Conservez des haies et refuges
  • Installez des hôtels à insectes (utile, mais pas magique : c’est l’ensemble qui compte)

4) Utiliser des plantes “tampons” ou “leurres”

Exemple connu : les capucines attirent facilement les pucerons. L’idée est de concentrer la pression sur une zone contrôlable.

5) Limiter le stress hydrique

Une plante stressée (manque d’eau, à-coups) réagit moins bien. Arrosage régulier et paillage peuvent aider à maintenir une croissance plus stable.

6) Agir dès le premier foyer, pas quand “tout colle”

C’est LE point qui change tout. Quand les colonies deviennent très denses, il faut souvent combiner plusieurs actions (douche + auxiliaires + gestion des fourmis).

Que faire en cas d’infestation : une méthode simple, étape par étape

Étape 1 : réduire la colonie sans tout “stériliser”

Objectif : faire baisser la pression pour donner de l’air à la plante.

  • Jet d’eau franc sur rosiers, fèves, tiges solides : très efficace pour déloger une partie des pucerons.
  • Savon noir (dilué) ou préparations de type purin d’ortie : utiles en soutien, surtout en début d’attaque.

Évitez les traitements “à l’aveugle” qui touchent aussi les auxiliaires déjà présents.

Étape 2 : installer une régulation naturelle (coccinelles / larves)

Les coccinelles sont parmi les plus grandes prédatrices des pucerons. Point clé : les larves sont souvent les plus voraces et restent sur la plante sur laquelle elles ont été déposées, tandis que les adultes peuvent s’envoler.

  • Un adulte peut consommer jusqu’à 50 pucerons par jour
  • Une larve peut aller jusqu’à 150 pucerons par jour

Chez Horpi, l’espèce que nous avons sélectionnée estl’Adalia bipunctata, une coccinelle endémique d’Europe, avec un cycle de vie bien documenté (œuf → larve → nymphe → adulte) .

Étape 3 : réussir l’introduction

Quelques règles simples, très concrètes :

  • Introduire les larves au bon moment : dès les premiers foyers, avant que la plante ne soit couverte de pucerons.
  • Éviter les périodes de fortes pluies, de vent, de froid ou de gel.
  • Introduire en fin de journée (moins de lumière, moins de stress).
  • Placer larves et/ou les coccinelles adultes au plus près des colonies.
  • Ne pas introduire sur une plante traitée récemment à l’insecticide chimique (respectez un délai d’une à deux semaines).
  • Et surtout : si les fourmis sont très actives, réduire leur accès, sinon l’efficacité baisse.

Combien de larves devez-vous prévoir ?

Les besoins varient selon la plante et le niveau d’infestation. À titre indicatif, on retrouve des repères d’introduction par type de végétal :

Plante / zoneRepère de larves
Rosiers5 à 10 larves par rosier
Arbustes ornementaux5 à 10 larves par arbuste
Haies20 à 50 larves par m²
Petits fruitiers (groseilliers, etc.)5 à 10 larves par arbuste
Fruitier basse-tige20 à 40 larves par arbre
Potager / serre / plantes fleuries2 à 5 larves par plante (ou 10 à 20 larves par m² sur zones infestées)

L’idée n’est pas de “surdoser”, mais de viser juste : foyers ciblés + conditions favorables + suivi.

Suivi : à quoi s’attendre, et quand réintervenir

Après introduction, la baisse de population peut prendre jusqu’à deux semaines selon l’intensité de départ . Sur de grosses attaques, une seconde action peut être utile (nouvelle introduction ou combinaison avec un nettoyage au jet, par exemple).

Astuce de lecture : si vous observez des pucerons “momifiés” (petites coques brunes/noires), c’est souvent le signe que d’autres auxiliaires (parasitoïdes) travaillent déjà . Dans ce cas, éviter les traitements agressifs qui cassent cette dynamique.

En résumé : la meilleure stratégie anti-pucerons, c’est la précocité

Pour éviter de courir après les pucerons tout le printemps :

  • Repérez tôt (feuilles collantes, fourmis, jeunes pousses)
  • Évitez les excès d’azote
  • Réduisez l’effet “fourmis gardiennes”
  • Agissez localement (jet d’eau / solutions douces)
  • Installez une régulation naturelle (larves et/ou adultes) au bon moment

Un jardin vivant n’est pas un jardin “sans insectes”. C’est un jardin équilibré, où les pucerons n’ont pas le temps de devenir un problème.